_____Impatiente que ce cours de maths se termine, je commençais déjà à enfiler mon manteau cinq minutes avant que la sonnerie retentisse. Difficile de ne pas s'affoler quand on a peur de ce qu'il peut se passer.
C'était comme si le tic tac d'une montre résonnait dans ma tête. Les secondes filaient, plus vite que la musique. Encore..
J'appréhendait chaque instant comme pour me préparer d'avance à les vivre. <<C'est maintenant!>> me criait-je intérieurement lorsque j'entendit la sonnerie. <<Vite, mes affaires dans mon sac! Putain, elle rend les interros! Pourquoi tout le monde reste assis?! C'est pas possible!>>. Je pris ma feuille sans prendre le temps de vérifier ma note. De toute façon je sais très bien combien j'ai.
_____Je marchais très vite, en fait je me précipitais dans les couloirs. <<Putain mais dégage, toi!>> Je pensais presque tout haut. Les escaliers. Le hall. <<Putain y a personne! Je l'ai loupé?>>. Mon portable. Nan, 16h35. <<Il a pas pu partir en moins de cinq minutes. Je vais l'attendre.>>.
Je m'assis sur un banc, regarda les personnes présentes, et puis l'andouille qui riait là-bas. Les tables, le sapin de Noël, la vitre. Mon reflet. <<Heurk.>>.
Depuis les escaliers, même dans l'ombre, je le reconnu. Il parlait avec l'autre imbécile.
<<Arg, il a pris son temps, j'hallucine!>>. A quoi tout cela sert-il? Je me le demandait.
-Qu'est-ce que tu fais?
Ses yeux bleus. Son putain de sourrire. Exaspérant.
-Ben je t'attends!
-Ah. Ben je vais chercher ma valise.
<<Ouais, c'est ça. Bon , rappelle-toi, un "Je t'aime", pas trop tremblant, ni rapide. Pas trop lent non plus, expressif quand même. Tu peux le faire.>>
<< ! Il revient! >>
On sort. On parle, on rit. Mais moi j'ai peur. Qu'est-ce qu'il va se passer? Est-ce que je vais réussir? Je vais me planter? Est-ce qu'il va m'envoyer me faire foutre?
_____Il pleut. Le lycée semble éteint. 16h40 à peine, certains sont encore en cours. Il fait sombre, obscur et froid.
Au début on reste debout. On est devant le lycée. Je ne sais pas si j'attend ces imbéciles de copains que jme suis fait un soir. Ou si je le lui dit maintenant. Nan. Il veut s'asseoir en attendant sa soeur.
-Ok.
Il a froid. Je grelotte. Les lumières du préau ne sont pas allumées. D'habitude elles le sont.
Il tente d'appeler sa soeur. Il est pressé? <<Prends son bras et met-le autour de toi. Sinon il va pas le faire.>>
J'hésite quelques minutes. Pourquoi j'hésite?
Ca y est. J'aime quand il me tient comme ça. Je tremble presque. Sa soeur semble tarder. Bon. <<Maintenant? Nan c'est pas le moment.>>
-Oh, c'est mon ancien prof de Techno! Bonjour Mr *******!
-Bonsoir, Célia! Alors ça va le lycée?
...
Un peu de divertissement.
Tu parles. Le temps passe, rien ne se passe justement. Je décide qu'on mette ma famille de côté. Je lui dit que j'ai envie de partir à Grenoble pendant les vacances de Noël. Il n'est pas d'accord que je m'échappe.
<<Tu crois sincèrement que c'est raisonnable?!>>. Ses paroles résonnent encore. Aïe.
-On parlera plus de ma famille, tu veux?
-D'accord.
_____On se lève. Je me met une marche au dessus de lui, histoire d'être à sa taille. Les lampadaires s'allument. On s'embrasse. Pas comme je me l'imaginais en cours de maths. C'était doux mais trop court. Je l'accompagne jusqu'au parking.
<<Putain Célia, est-ce que tu va avoir le courage de lui dire?>>.
Eh bien nan. Il voulait s'en aller, je le retenais. Tout ça pour lui dire quoi? <<A Lundi, bisou.>>
Je me hais, des fois. Il me reproche de n'être pas assez proche. De l'éviter et de penser trop de mal de moi. Et surtout, il me dit ne pas me comprendre. C'est dangereux dans un couple, qu'un des deux ne comprenne pas l'autre. C'est mauvais. Je repars. J'ai envie de m'arrêter sous la neige. De regarder le ciel ténébreux et d'hurler:
-Pourquoi tu m'aides pas?
Mais je continue de marcher, un semblant de sourrire aux lêvres. <<Ca aurait pu être pire.>>
______Est-ce que ça ira mieux? Est-ce que je vais me rattraper? Est-ce qu'au moins j'aurai une chance de me reprendre? Est-ce Lundi il va venir en disant que ca n'est plus possible? Est-ce qu'il m'aime?..
Tant des questions me traversent l'esprit en si peu de temps : le temps de traverser la cour du lycée. Je rencontre quelques anciens profs. Ils sortent du hall. Qu'est-ce qu'ils font là? Ils ne m'ont pas reconnu. Raa les profs. Tous pareils. Payés à rien foutre, ils ont autant de vacances que nous. Je vais faire prof. Nan.
Je cherche les filles dans le hall. J'ai envie de regarder tous ces abrutis et de dire à tout le monde :
-Quoi? Qu'est-ce que j'ai encore fait? Je sais que je ne fais que des erreurs! Aidez-moi..
A la place de cela je vais m'asseoir vers un de ces amis. Et j'attend la mort. Ben je vais attendre longtemps, assise au chaud en regardant un putain de sapin de Noël de merde, entourée de cons. Longtemps..